La Casamance, qui est en plein essor sur le plan touristique, est idéalement située. Très en dessous des zones désertiques du Sahara et au nord des espaces équatoriaux de l’Afrique verte, la région se présente comme un écrin de verdure tempéré, parsemé de rivières, de mangroves et d’arbres fruitiers.

Le soutien du gouvernement envers la région de la Casamance, voté dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE), entre dans sa phase opérationnelle : « l’argent vient d’arriver dans les banques. Chaque campement villageois concerné se voit accorder une subvention de 30000 euros.  Dès leur première demande, un acompte de 15 000 euros est débloqué » déclare Marie Louise Faye.

Subventions et crédits hôteliers

L’objectif de ces aides est d’accueillir des petits groupes de tourisme pouvant aller, selon la capacité de certains établissements, jusqu’à cinquante personnes. Au programme : observation de la faune et de la flore, sport nature, ou encore découverte des us et coutumes de la population, comme le souligne Monsieur Ahemba, directeur de l’hôtel Kadiandoumagne : « La Casamance est un meltingpot par excellence. Toutes les populations d’Afrique s’y concentrent. Dans certaines familles, certains vont jusqu’à parler huit langues :  portugais, anglais, et celles des différentes ethnies ». Ce qui confère à la Casamance, région la plus scolarisée du Sénégal, son aspect singulier. « Chaque village possède son école », précise Mingou Aristide, directeur de l’écoparc de cette région.

Les campements privés, bénéficiant de prêts à taux privilégié de 3.5%, ne sont pas oubliés. Avec plus de 50 établissements, ils comptent dans l’économie de cette région, comme le souligne Moussa Konte, président de la fédération des campements privés de la région de Ziguinchor : « Nous constatons une reprise et un engouement pour le tourisme que nous représentons. Notre clientèle s’élargit, ce qui va de pair avec l’amélioration de nos hébergements dont certains sont désormais proches des prestations proposées par les hôtels. Nous sommes en relation suivie avec l’ATES pour promouvoir ce tourisme de terroir dont le potentiel s’affirme chaque jour davantage. » 

Plan Sénégal Émergent

Force est de reconnaitre que le Sénégal sait se remettre en ordre de marche. Incontestablement, il doit cette impulsion à l’actuel président Macky Sall Sally qui, à l’inverse de son prédécesseur, croit au tourisme. Le Plan Sénégal Émergent en fournit la preuve : réhabilitation des plages suite à l’érosion, création de la compagnie aérienne Air Sénégal, suppression des visas, réouverture du bureau du tourisme à Paris, construction du pont pour traverser la Gambie, ouverture du nouvel aéroport à Dakar, dotation de fonds pour le crédit hôtelier et touristique… Autant de mesures démontant à quel point le tourisme devient un axe de développement prioritaire.

La baisse de la fréquentions devenait en effet alarmante, comme le souligne Jürgen Bachmann, du Syndicat des Entreprises du Tour Operating (SETO) : « La chute de fréquentation du Sénégal par les touristes prenant des forfaits s’élevait à plus de 65 000 individus. Par contre, la situation change, on mesure une inversion de la tendance depuis 4 ans. » Entre temps, le PSE a été adopté avec une vision claire pour le secteur du tourisme, comme l’explique El Hadji Malick Mbaye : « Avec ce programme, le Sénégal ambitionne de devenir une destination touristique de référence et de faire de ce secteur un vecteur de développement social et territorial. Nous comptons y parvenir à travers le relèvement de la qualité comme de la diversification de l’offre et la promotion de micro entreprises pour le développement du tourisme intégré. »

Dans cette dynamique, les initiatives locales sont soutenues avec l’espoir que les populations locales puissent devenir des acteurs de plein droit de l’activité touristique et bénéficiaires des retombées des investissements étrangers. El Hadji Malick Mbaye poursuit : « La gestion des retombées est un enjeu majeur pour les populations locales dans la mesure où la consommation intermédiaire d’un hôtel dépasse largement la moitié de son chiffre d’affaires. »

Relance de la destination

Dans le cadre de la relance de la destination Sénégal, l’Agence Sénégalaise de Promotion Touristique, créée en 2014, a aussitôt entrepris de mettre en œuvre une politique de promotion touristique définie par l’État et de renforcer l’attractivité de la verte et souriante Casamance. « Cette région est au centre de toutes les attentions des pouvoirs publics, ce qui a d’ailleurs guidé la décision du chef de l’Etat d’en faire une Zone Touristique d’Intérêt National, affirme Mouhamadou Bamba Mbow, directeur de l’agenceAinsi, pour faire découvrir les multiples possibilités de cette destination nature, nous avons mis en place des opérations promotionnelles ciblées vers les professionnels du tourisme et le grand public : participation à des salons internationaux de tourisme, organisation d’eductours, voyages de presse, ainsi qu’une communication axée sur les atouts de la Casamance sur l’ensemble des supports de promotion. »

Dès la rentrée de septembre 2019, les tour opérateurs disposeront d’infrastructures améliorées pour ajouter l’éco-tourisme à la panoplie de leur offre : « Nous attendions des produits de diversification à proposer comme alternative au balnéaire, déclare Alain Noel, de TUI. L’éco-tourisme ne représentera jamais un marché de masse. Mais si nous pouvons organiser des séjours pour des petits groupes de 20 personnes, nous aurons de la demande. » Et si la Casamance devenait une nouvelle destination ‘’tendance’’ pour les touristes ? Il devient raisonnable de le croire.

Le roi de Casamance

Impossible de ne pas évoquer l’existence du Roi d’Oussouye, en Casamance. Il symbolise l’attachement de la population à ses croyances et à ses traditions. Son influence en tant que médiateur s’impose sans conteste. Il représente un facteur de stabilité sur la quasi-totalité du territoire. Le roi est désigné à cette fonction par un collège qui interroge les esprits. Cette singularité nous rappelle la fameuse déclaration de l’ancien président Léopold Sédar Senghor : « Mon peuple est musulman à 93%, chrétien à 7% et animiste à 100% ».

Pour les animistes, chaque élément possède une âme. Le rôle du roi force ainsi le respect, d’abord dans son acceptation de tout abandonner pour se consacrer à sa dévotion. Sachant que la mendicité n’est pas admise en Casamance, il intervient pour aider les nécessiteux, écouter les plaintes et tâcher d’aplanir les tensions. L’absence d’apparat surprend le visiteur, habitué à d’autres fastes en pareille circonstance. Lorsqu’il déclare : « Sans la paix, rien ne marche », cette conviction sonne avec crédibilité. Avec ce roi, la portée des traditions devient palpable.